Partager l'article ! gigean : le mystère de l'église Saint Geniès par Véronique Lecigne: « Dis donc, monsieur&n ...
« Dis donc, monsieur ! » s’adresse l’enfant qui vient d’entrer dans le bureau avec ses
camarades, en visite à la mairie de Gigean avec leur instituteur. « Comment ça se fait qu’il n’y a rien sur la façade de la mairie? Pourquoi c’est sur l’église d’en face ?... »
Monsieur Francis Veaute, maire de Gigean depuis 2008, déconcerté et incrédule, descend du premier étage accompagné des élèves et constate effectivement, à sa grande surprise, qu’aucune
inscription ne figure sur le fronton de l’édifice. Lui-même Gigeannais de souche et amoureux de la commune n’avait jamais prêté attention à cette quasi aberration ! (*)
C’est bien connu : « La vérité sort toujours de la bouche des enfants » !
(*) Propos rapportés par monsieur le Maire.
Séparés par le seul jardin public, l’Hôtel de Ville et l’église Saint Geniès se font parfaitement face. A les regarder, postés ainsi l’un face à l’autre, on se croirait presque revenu à
Brescello, petit village dont la vie fut brossée avec talent par le dessinateur et écrivain humoriste italien, Giovannino Guazreschi, puis par Julien Duvivier, cinéaste français qui en fit
une adaptation cinématographique ; ce petit village italien où Don Camillo, curé de la paroisse, se livrait à une guerre d’influence avec Peppone, le maire communiste.
La première pierre de l’Hôtel de Ville fut posée le 23 mai 1890. L’édifice principal, à un étage, abrita les services communaux ; y attenant, un groupe scolaire en rez-de-chaussée accueillit
les petits Gigeannais jusqu’en 1995, date à laquelle fut inaugurée l’école Haroun Tazieff.
Il y a approximativement une bonne trentaine d’années, les services municipaux intégrèrent une Mairie Annexe – située rue de la Mairie Annexe !-, la célébration des mariages et les conseils
municipaux se tenant toujours dans l’actuelle mairie. En 2002, après que la « vieille » école fut abattue, remplacée par des locaux neufs venant agrandir la vieille bâtisse elle-même
restaurée, l’équipe et les services municipaux regagnèrent les locaux originels, l’Hôtel de Ville retrouvant ainsi pleinement sa fonction initiale.
Anatole de Rovérié de Cabrières - qui fut promis Cardinal en 1911 -, assisté d’un clergé nombreux. Gigean est en liesse.
La construction de la nouvelle église Saint Geniès,(**) quant à elle, débuta vers 1868 pour s’achever en 1878,
la première église du même nom, située au cœur des remparts, étant devenue trop exigüe, selon les délibérations de l’époque, pour recevoir l’ensemble des fidèles conviés à l’unique messe
dominicale autorisée. Dix années de travaux et de difficultés en tout genre, clôturés le 9 octobre 1878, jour de la consécration de la nouvelle église par Monseigneur Anatole de Rovérié de
Cabrières - qui fut promis Cardinal en 1911 -, assisté d’un clergé nombreux. Gigean est en liesse.
La construction de la nouvelle église Saint Geniès,(**) quant à elle, débuta vers 1868 pour s’achever en 1878, la première église du même nom, située au cœur des remparts, étant devenue
trop exigüe, selon les délibérations de l’époque, pour recevoir l’ensemble des fidèles conviés à l’unique messe dominicale autorisée. Dix années de travaux et de difficultés en tout genre,
clôturés le 9 octobre 1878, jour de la consécration de la nouvelle église par Monseigneur Anatole de Rovérié de Cabrières - qui fut promis Cardinal en 1911-, assisté d’un clergé nombreux.
Gigean est en liesse.
Nul n’a su me dire pourquoi l’inscription « REPUBLIQUE FRANCAISE : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE » n’était pas portée sur la façade de l’Hôtel de Ville alors que, dès 1880,
elle apparaît sur les frontons de toutes les institutions publiques : c’est sous la IIIe République, en effet, que la devise est adoptée comme symbole officiel de la République.
Un malencontreux oubli, jamais réparé ?...
Quoiqu’il en soit, « l’Histoire » a en quelque sorte pallié cette omission en apposant sur l’église, face à lui, ce qui manquait indubitablement à l’édifice républicain…
(**)Pour beaucoup d’entre nous, le Saint Patron de Gigean et de ses églises est Saint Geniès ou Saint Geniez. Mais il s’agit d’un avatar tardif de ce nom, dû à la langue d’oc. En réalité,
il s’agit de Genès, du latin Genesius, qui était un légionnaire romain, nommé ensuite en Arles à un poste équivalent à celui d’un préfet du procureur. Converti au christianisme et alors qu’il
s’apprêtait à recevoir le Baptême en 303, il refusa de publier l’Edit de l’empereur Dioclétien (né en 245, décédé en 313) qui ordonnait d’arrêter prêtres et Evêques de la région. Il tenta alors
de fuir en traversant le Rhône et se cacha à Trinquetaille où finalement, il fut arrêté, jugé puis décapité. Il fut enterré par les Chrétiens aux Alyscamps (Arles) où une chapelle fut édifié, qui
porte aujourd’hui le nom de Saint Honorat, patronyme d’un archevêque d’Arle dont la dépouille fut inhumée, plus tard, à côté de la sienne.
Nous sommes à la veille de 1905.
Pendant un peu plus d’un siècle, le Concordat, instauré par Napléon 1er en 1801 (le 26 messidor an IX) afin de pacifier la question religieuse, sensible depuis la révolution française, régit les
relations entre l’Eglise et l’Etat. Les biens de l’Eglise (églises et couvents), confisqués sous la Terreur, ne lui sont pas tous restitués (***) : ils restent propriété de l’Etat français
mais sont mis à la disposition de l’Eglise qui s’engage, d’autre part, à ne pas revendiquer la propriété des églises et couvents, devenus bien nationaux, qui ont été vendus à des particuliers. En
contre partie, l’Etat verse des traitements aux prêtres (alors que rien n’est prévu pour les moines et religieuses). Pendant cette longue période, c’est l’Etat français qui choisit les Evêques,
le pape ne faisant que confirmer leur investiture…
(***)A Gigean, l’ancien presbytère est devenu la poste actuelle…
En France, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays de l’Europe, République et Eglise ne s’associent pas naturellement. Les hommes politiques français du 19ème siècle ne savent pas être
à la fois républicains et catholiques : on ne peut être que l’un ou l’autre, pas les deux. Il faut dire qu’après la chute du Second Empire en 1871, l’idée de monarchie est encore bien
ancrée. D’autre part, la IIIème République ne doit son maintien qu’à l’intransigeance du principal prétendant légitimiste à la Couronne de France, Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d'Artois
- né au palais des Tuileries à Paris le 29 septembre 1820, et décédé à Frohsdorf (Autriche) le 24 août 1883, dernier descendant français de la branche aînée de la maison de Bourbon, connu
sous les noms de duc de Bordeaux qui lui fut donné par Louis XVIII, puis de « comte de Chambord » et d'« Henri V ».
Du coup, cette république est perçue comme un régime provisoire et transitoire. Ainsi les républicains
savent-ils que leur position est fragile. Leurs actions vont porter sur la laïcité et sur l’éducation. La scolarisation laïque, surtout celle des filles – ces dernières appelées à devenir des
femmes puis des mères… de futurs républicains -, va devenir leur cheval de bataille.
Dans le même temps, les persécutions religieuses se multiplient. En 1901, la fameuse loi sur les associations est surtout un moyen de contrôle des congrégations. En 1902, le radical Emile Combes
fait fermer 2500 écoles religieuses. En 1904, il interdit l’enseignement à toute congrégation religieuse et donne dix ans pour disparaître à celles qui existent. Le gouvernement Combes
tombe finalement, victime de son trop grand zèle.
Pourtant, la séparation de l’Eglise et de l’Etat fait partie, dès 1879, des objectifs affichés des Républicains, le catholicisme étant, selon eux, précurseur de la monarchie.
Les propositions de lois se multiplient à partir de 1900 dans une optique avouée de destruction de ce catholicisme dont le nombre des adeptes, à l’époque, s’élève à 95,5% de la population
française. Le 3 juillet 1905, la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat est votée après de nombreux amendements. Elle reconnait la liberté de conscience et le libre exercice des cultes
mais n’en salarie ni n’en subventionne plus aucun.
Les objets présents dans les couvents et les églises sont désormais gérés par des laïcs et font l’objet d’un inventaire réalisé par les forces de l’ordre. En bien des endroits, les Catholiques
offusqués résistent à la gendarmerie ou à la troupe : certaines portes d’églises en portent encore les stigmates…
Véronique Lecigne
Sources :
« Quand je te regarde, mon église » de Michel Bertés
Wikipedia
Marie-Odile Mergnac
A SUIVRE la révolte vigneronne
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